L'Ordre de la Patte d'Acier

Guilde Pandarène neutre sur le serveur Kirin Tor, World of Warcraft.
 
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 Que ma joie demeure !

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Fleur-de-Lame

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MessageSujet: Que ma joie demeure !   Jeu 21 Mai - 18:39

∞ Que ma joie demeure ∞
 
 
Il est amusant de voir, après avoir longuement réfléchis à ma vie dans le but de la raconter, de remarquer que je ne suis pas une héroïne, et que je ne le serai jamais. Pire encore : je suis soulagée de ne pas l’être. J’ai regardé les histoires de beaucoup des miens, ainsi que celles des héros de ces nouveaux continents pleins de singulières formes de vie, et je me rends compte que tous les héros, ou presque, ont ce point en commun : le drame. Que ce soit dans l’enfance, ou au cours de leurs vies, je remarque qu’ils sont un très grand nombre à être devenus ce qu’ils sont en réponse à une tragédie.
Pourquoi ? Comment ? Ce ne sont pas des réponses que j’ai. Je puis simplement vous proposer le plaisir d’une histoire simple. Car j’ai été et je suis heureuse. Je ne sais comment fonctionnent les grands du présents et passés de ce monde, mais je sais que ma force me vient de ma capacité à être comblée avec les miens, et de ma volonté à le rester.
                Quant à moi, si je ne suis pas un héros, je suis néanmoins quelqu’un qui aspirait à l’art, et je sais qu’on peut trouver la plus belle vision dans les détails les plus insolites. C’est ce qu’est ma vie : un détail insolite. Mais j’ai la conviction qu’il existe, ou qu’il existera, une âme pour se trouver inspirée par ce que j’ai à raconter.


Je suis Mÿlo Fleur-de-Lame, Pandashan et heureuse membre de la Patte d’Acier.



Contrairement à ce que j’ai longtemps pensé, mon entrainement a commencé très tôt, presque dès ma naissance, en vérité. Au fond, ce fut le cas pour tous, peu en ont conscience, simplement. En ce qui me concerne, il a fallu des années pour que prennent sens des mots entendus dans ma prime jeunesse… En ce temps-là, je gambadais dans les champs, en pourchassant des papillons, me tenais en équilibre sur des yacks et admirais le soleil couchant de Pandarie en essayant de la gribouiller. L’une des constantes de ces activités était l’ombre plus ou moins éloignée de Père, un très grand Pandaren qui tenait sur une béquille en raison d’une jambe en moins. Parfois, Mère, une forte femme à l’œil vif venait le rejoindre.. Et il me regardaient simplement faire, jouer.. Et je baignais dans un agréable sentiment de sécurité..
 
« Fulong Fer-de-Roc… Tu es vieux, mon bel ami. Tu te mets en tête d’en faire une Pandashan, la ligne de défense de Pandarie, et voilà que tu la regardes avec un air abruti pendant qu’elle joue… Tu penses qu’elle intègrera l’élite en gambadant dans les rizières, avec tes pauvres deux heures d’entrainement par jour ? »
 
Le solide bras de Père vint enlacer son épouse tandis qu’il riait doucement.
 
« Ma Douce, tu ne vois pas que son entrainement déjà a commencé. Avant de savoir comment se battre, je veux qu’elle comprenne pourquoi. »
 
« Fulong ? »
 
« Les Mantides, et les Yaungols sont des adversaires impitoyables et surtout.. Cycliques. Inlassables, ils reviennent. Et bien avant leurs talents guerriers, c’est la détermination des Pandashans qu’ils menacent. L’Echine du Serpent n’est que peu de chose, au final.. Car s’il y a une brèche dans l’endurance mentale des Pandashan.. Les Sha balayeront tout, et ce n’est pas un tas de pierre qui les arrêteront. »
 
« Tu sembles dire que la défaite est assurée.. »
 
Père eut un léger rire en me voyant tomber dans le champs, étalée dans la boue.. Mais me relevant tout aussi vite, ayant vu au loin quelque chose digne d’intérêt. Il poursuivit ensuite, sans la moindre hésitation.
 
« C’est le cas. Un jour, ma Douce, elle faillira. Sa volonté sera ébranlée, où sa force. Elle verra le temps infini qui s’écoule, et les armées qui s’étalent inlassablement sur le Mur, comme la marée sur une falaise. Un jour, elle fera face au désespoir, à la lassitude.. Elle fera face à l’absurde, pensant que tout cela ne sert à rien. Dans son esprit, le doute, la colère ou la haine s’insinueront, et elle pourra être détruite..
Ce qu’elle fait ? Elle ramasse des vers, vole des pommes, cours, joue, chante.. Elle vit, et comble sa mémoire d’une joie indicible.. Elle comprend ce qu’est pour elle la Pandarie, elle découvre la réalité, et l’amour qu’elle a pour une patrie qui l’a comblée.. Le monde n’est rien de plus que la perception qu’on a de lui.. Comme ça, le jour où les Sha menaceront de voler son âme.. Elle saura qu’elle a des raisons d’être heureuse, et qu’elle a donc des raisons de tout faire pour le rester. Si elle cherche à affronter les Sha, et leurs manifestations de haine, d’orgueil ou autre, elle perdra, car sa vindicte servira un autre maître qu’elle. Mais ce vivier qui pousse en elle lui donnera toute la force non pas de vaincre.. Mais de se relever et de résister, pour ce qu’elle aime et non pour la victoire.
Pour survivre, ma chérie, elle doit être heureuse de vivre dans ce qu’elle veut protéger. »
 
Fulong hocha la tête en souriant tendrement, avisant sa fille, moi, qui gambadait inlassablement.
 
« En tant que Pandashan, avant de scruter au-delà du mur, je me surveillais moi-même pour pouvoir espérer tenir bon. Et je te dis qu’elle sera invincible.. Tant que sa joie demeurera. »
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Fleur-de-Lame

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MessageSujet: Re: Que ma joie demeure !   Ven 22 Mai - 2:04

 


« Il est temps, ma chérie. Le soleil se couche, et aujourd’hui, on va faire quelque chose de nouveau, ma puce ! »
 
Faire quelque chose de nouveau... Père m’avait tenu pendant une semaine là-dessus, et il avait réussi son coup. Je m’en souviens, j’étais curieuse comme il était possible de l’être, et je l’avais suivis sans rechigner.  Rendez-vous compte, j’avais abandonné mes projets de chasse au lutin pendant la nuit rien que pour ça. Mon père ne put réprimer un éclat de rire lorsqu’il me vit arriver, un demi ananas séché et évidé sur le crâne, un grand bout d’écorce sur le torse et un bâton en main, couverte de terre, prête à ramper dans la boue pour attaquer les lutins qui savaient mieux voler les oranges que moi. Il avait suffi d’un petit clignement d’yeux et d’un sourire plein de fossettes pour qu’il me prenne dans ses bras au lieu de me balancer dans une rivière pour me nettoyer.
 
« Qu’allons-nous faire, Père ? »
 
« Tu verras. »
 
Il me ramena au domaine familiale, avant de m’entrainer jusqu’au dojô privatif, une petite salle carrée avec un autel, orienté vers le Nord/Nord-Ouest. Au milieu, un pupitre qui n’avait pas sa place ici, avec du papier et de l’encre. Mon père m’expliqua la chose comme un effort, une chasse, un jeu. Il s’agissait de faire parler des signes, et par cela résoudre des énigmes. Plus tard, quelques séances après, il fallait les reproduire. Apprendre à lire.. Voilà ce dont il était question. Tous les enfants rechignent à aller à l’école, je n’aurais pas fait exception.
Lire en vérité ne fut pas un problème. Poussée par la curiosité, j’étais motivée et extrêmement studieuse. En vérité, la lecture était un défi, et la victoire était une belle histoire. Très vite, enfant, je devins dans mes jeux l’héroïne de tel conte, la sauveuse de Pandarie, celle qui vainquit les Mogu auprès de l’Empereur Shaohao. Ecrire, en revanche… C’est peut-être ironique pour ceux qui me connaissent aujourd’hui de savoir qu’écrire fut pour moi une torture. C’était simple : la copie ne m’intéressait pas. Rien à faire, j’étais intraitable, aucun de mes brouillons n’était lisible. Disons que je faisais des lignes ondulée en disant « Mais si, regarde, ça c’est un L ! ». Il fallait bien essayer ça avec un grand sourire, et parfois, sur un malentendu, ça marchait.
 
Plus je trainais mon retard, plus Père insistait, et plus je me braquais. Après l’une de nos prise de bec, ou, jeune fille insolente, je résistais sans réel motif, il me regarda longuement, pensif. Je spécule, mais je crois que c’est à ce moment-là qu’il commença à envisager une autre méthode. Le lendemain, il avait disparu.
 
« Mère ? Ou est Père ? »
 
« Il est parti à l’aube, il devait aider des amis. Il m’a dit qu’il rentrerait tard. »
 
Plusieurs jours passèrent ainsi, il parait à l’aube, revenait tard.. Il nous quittait avant que je ne me lève, et ne réapparaissait qu’après que je sois couchée. J’étais sur les talons de Mère, qui, agacée, n’en devenait que plus désagréable. Tout, je crois, s’effondrait. C’était un caprice oui « JE VEUX MON PAPA ! », mais un caprice que j’avais à cœur. Je passais… Réellement, oui, je passais des journées à bouder. Au fond, je m’en voulais, me disant qu’il ne voulait plus me voir. Mes caprices laissèrent place à la panique de me dire que c’était ma faute, et qu’il ne reviendrait pas. J’étais prête à passer le balais dans toute la maison, essayer d’écrire, laver l’enclos des yacks, tout pour qu’il ne nous laisse pas. Et dans ce desert de solitude dans lequel je m’enfermais, l’impassibilité de Mère ne pouvait que me troubler, et m’irriter. Avec du recul, c’est là une des premières fois, après coup, que j’ai pu me rendre compte que troubler sans âme dans les pièges de Sha n’a jamais aidé à résoudre un problème, ça n’aide qu’a tourner en rond. Et je tournais en rond.
Après m’avoir fait mariner une petite semaine, Mère lâcha cette phrase alors que pour la énième fois je la harcelais :
« Mais tu n’as qu’à lui laisser un mot si tu veux le voir ! » Ça tombait sous le sens : épingler une lettre à la porte le soir ferait que je pouvais être certaine qu’il la trouverait, et comme moi je n’arrivais pas à le trouver lui..
 
Ce qui est amusant, c’est que je l’avais pris au pied de la lettre. Ma difficulté à écrire et le fait que justement, « faire un mot » n’avait rien de familier firent que je passais bien toute une journée à répondre à cette question bête : écrire un mot, oui, mais lequel ? Il fallait trouver un mot qui trahissait aussi bien l’affection que j’avais pour lui, que le fait qu’il me manquait.
Cette réflexion déclencha indéniablement mon penchant pour la calligraphie. Le soir même, je m’échinais à écrire différentes sortes de mots, à les observer longuement, puis à les gratter jusqu’à ce qu’ils disparaissent. Lorsque la feuille finissait trop fine, je la jetais, et je recommençais.
 
J’étais si jeune, et pourtant je me souviens comme hier de mes bâillements fatigués, à la lueur des bougies du dojô qui me berçaient. De ma frénésie qui persistait, buttée que j’étais, je refusais d’abandonner. Plus j’insistais, moins mes résultats étaient probant. Inévitablement, alors que mon poignet devins douloureux et engourdis, je finis par m’endormir là.. Que de rêves je fis.. L’esprit omnibulé par mon Père et ce que je voulais lui dire, ce fut lui qui habitat ma nuit.
Je rêvais avec fierté des gens qui le saluaient avec déférence, du respect dans leurs yeux et de la puissance de Père. Je revoyais ses propres entrainement, sa force, son immense épée de pierre maniée malgré sa jambe manquante.. Je me souvenais de cette réalité que j’avais eue tant de mal à prononcer quand j’étais toute gosse : il était Pandashan.
 
 
En sursaut, je m’éveillais. Il faisait nuit noire. A tâtons, le souffle court, je rallumais une bougie, et repris le pinceau. Je l’avais mon mot. Ce simple mot qui ne voulais rien dire, mais qui signifiait tout. Il était le nuage qui transgresse les règles, qui va contre le vent mais qui traine avec sa pluie le plus beau des arcs en ciel. Mais il fallait aussi lui rendre justice.
Une ligne crade que personne ne pouvais comprendre ? Non. La beauté d’un mot était aussi bien dans ce qu’il disait que dans l’aisance qu’on avait à le lire. Je devais m’appliquer. Il fallait me voir, la langue légèrement sortie, les yeux pliés, à retenir mon souffle tandis que ma main tremblait d’appréhension. Je formais mes lettres, voulant transmettre la légèreté de mes sentiments, tout en exprimant leur intensité. Car tout ceci était aérien, mais fort.
Mais surtout, et c’est ce qui me faire rire aujourd’hui, maintenant que j’ai compris, en relisant ce petit mot que j’ai conservé : c’était maladroit. Une graphie sincère, peu appliquée mais qui voulait l’être. La marque d’un effort evident pour dire simplement à un père qu’il manquait à sa fille, via un simple mot qui n’avait de sens que pour quelqu’un qui pouvait le comprendre.
 
L’une des inconnues de cette période, pour moi, consiste à savoir si Père était réellement absent, ou s’il se contentait de ne pas être vu. Le connaissant, les deux sont possibles.. Et j’ai peur de ne jamais connaître la réponse. Mais je dois avouer que la rapidité à laquelle il reparut laisse planer le doute… Par ailleurs, puis-je l’imaginer m’abandonner réellement ? Même pédagogiquement ? Toujours est-il qu’il fut là le matin même, il vint me réveiller en me secouant doucement l’épaule. Lorsque je le reconnu, seule sa main ferme sur mon épaule m’empêcha de lui sauter dessus. Lui, presque, m’ignorait, les yeux vissés sur ce que j’avais écrit. Ses lèvres, muettes, lisaient le mot tandis que je découvrais dans ses yeux et sur son visage l’effet que cela faisait.
 
« Pa..Pashan.. »
 
Papashan.. Le premier mot que j’avais réussi à dire. Pas « Papa », mais « Papashan ». Ce fut, je crois, un océan de fierté et de bonheur qui remplit à ce moment mon tendre paternel. Ses paupières tremblaient légèrement sur un œil humide, tandis que sa truffe tressaillait. Il me souleva, fort, avant de m’étreindre, lâchant sa béquille pour tenir sur sa jambe unique, avant de coller un baiser sonore sur mon front.
 
« Je t’aime si fort, ma puce.. »
 
L’aube naissante finit par entrer dans le dojô. La course du Soleil, semblable à cent mille grues de feu dévorant les montagnes de l’horizon, rayonnait petit à petit dans la pièce, et incendiait cette dernière de reflet irisés puisés dans la fontaine du sanctuaire. Peut-être, pensais-je, que le mot « Joie » devait s’écrire en lettre douce et tendre de feu, semblable à l’aurore qui chassait la nuit.. Je refermais les bras sur le cou de mon père, au comble de la joie.
 
 
 
Aujourd’hui, je comprends ce que Père m’a enseigné. Il m’a appris que les mots sont bien plus que des outils. Une liste de course morne et simple n’a pas d’âme.. Mais un réel écrit, lui, se doit d’être vivant. Chaque phrase doit avoir une vie, et donc le sens de cette phrase doit correspondre à sa forme pour donner au lecteur la quintessence du propos. J’ai bien plus tard appris que cet art pouvait transcender le réel, et que lorsque la calligraphie est poussée au rang d’art suprême, alors on ne se contente pas de faire vivre les mots, on leurs donne un pouvoir qui défie l’entendement. L’imagination se couple à la magie..
Mais ce qu’il faut surtout comprendre, c’est que chaque mot mérite une vie, mais que pour la lui donner, il faut être capable de le comprendre. Et on trouve la capacité à écrire les choses que lorsqu’on prend le temps de les observer de manière impartiale. Je suis arrivée au Monastère avec du retard, il est vrai. Mais bien avant l’entrainement Pandashan, j’ai appris à mesurer mes sentiments. Car toute ma vie j’ai su que je ne pouvais écrire sur ce monde que si j’étais capable de poser sur lui un regard sans haine.
 
 

Je n’ai, je l’assume qu’un seul parti pris quant à la compréhension de ce et ceux qui m’entourent. Un parti pris qui est issu de mes longues années de jeunesse heureuse, et qui est également ce que j’ai juré de défendre en Pandarie : il faut que la joie demeure.
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Fleur-de-Lame

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MessageSujet: Re: Que ma joie demeure !   Ven 26 Juin - 1:04



L’hiver cette année avait été rude. Le temps qu’il s’installe et il avait déjà l’air d’être parti pour durer une éternité. J’avais toujours détesté l’hiver : la neige était froide. Belle, mais froide et humide. Il suffisait d’un peu de neige pour que le pelage tout entier devienne trempé et qu’on finisse au lit avec une tonne de remèdes immondes à boire. Les champs étaient abandonné, les animaux ne sortaient presque plus..
Bref : c’était à mon sens d’un ennui ultime. Je passais mes journées enfermée à m’entrainer. Et bien que je fus une élève motivée et assidue, la saison semblait avoir sur moi un effet assez néfaste, me rendant mélancolique et flasque.

Un matin, père revient en frissonnant.

« Bonjour ! Pfah, quel froid ! Il ne neige pas, mais c’est totalement gelé dehors.. »

Génial, youpi.. De telles nouvelles me foutaient un cafard monstre, et j’envisageais dejà de remettre une bûche dans le poêle et d’aller me recoucher, jusqu’à ce que Père sorte de sa besace une paire de sabot sur lesquelles avaient été fixé des lames.

« Suffisamment gelé pour faire un peu de patin.. »

L’idée fut immédiatement très séduisante, et après avoir doublé de volume en m’habillant chaudement, j’allais déjà pour patiner.
A ce niveau du récit, il me fait tout de même préciser un détail : les hivers ne m’avaient jamais plus, et trouver une telle activité fut réellement moteur d’un engouement aussi fort qu’étais ma flemme à la seconde d’avant. L’autre notion qu’il faut apprécier c’est que je n’avais jamais fait de patin avant, et que deux heures plus tard, mon Père m’avait rapporté en riant copieusement : la fougue et l’inexpérience m’avaient fait percuter un arbre et cassé le poignet. « Comme si ça pouvait pas être pire », hein ?

En plus de subir l’hiver, je devais à présent le subir sans entrainement, puisque je ne pouvais tenir ni lame ni pinceau. Disons les choses clairement, adolescente à l’époque, j’avais pour cette occasion développé une certaine propension à soupirer et me plaindre, bref, j’avais la mort dans l’âme. Père, qui lui n’avait qu’une jambe, semblait voir d’un très mauvais œil ma conduite, faisant preuve de sévérité, jusqu’à ce qu’il soit repris par ma mère.

« Fülong ! Laisse-la tranquille ! Je sais que ce n’est pas simple pour toi de voir ça, mais ce n’est qu’une gamine, alors domine-toi ! »

Mère avait toujours été quelqu’un de fort, elle dirigeait la ferme en mêlant sagesse et sévérité. Père était… Quelqu’un que je connaissais par cœur, tantôt l’eau calme, tantôt le torrent trouble. Et je savais ce qui motivait l’un ou l’autre facette, et c’est pour ça que même aujourd’hui je ne cesse de l’admirer. Mère en revanche.. Est un peu comme une de ces statues de jade qui vous regardent et qui sait lire en vous. Son autorité résiste et s’adapte au temps, aux intempéries… Elle reste encore à ce jour un mystère pour moi, car sa force et réelle et inchangée. Elle semble avoir en elle l’étrange aura du commandement.
Et lorsque ses yeux vinrent se poser sur moi, je passais le nez, me demandant avec appréhension ce qui allait se passer. Mère trouvait toujours une solution, et moi je n’arrivais jamais à prévoir ce qu’elle pouvait être.

« Mÿlo, enfile ton manteau, on sort. »

Lorsque Mère demande, on obéit, réflexe de survie. Aussi allais-je la retrouver dehors. Dehors, c’était la ferme. Une exploitation agricole de la Vallée au Quatre Vents, une dizaine d’ouvriers travaillaient ici, ils étaient un peu comme de la famille, mais l’exploitation était un héritage des Rizières-de-Nacre. Mère n’était pas Rizière-de-Nacre, comme si elle avait mérité ce nom-là particulièrement, elle était une Rizière-de-Nacre, c’était un nom de famille identifiant sa lignée, ce que je n’avais pas. J’étais juste Mÿlo, pour l’heure. Père avait insisté pour que je mérite mon nom.

« Que vois-tu, Mÿlo ? »

« Un océan morne et plat de neige qui recouvre tout ce qui est ou qui essaie d’être. Objectivement et artistiquement, je ne vois qu’un blanc manteau qui étouffe la terre. Et j’ai l’impression qu’à présent, tout est aussi inutile que moi et se contente d’attendre la saison à venir. »

Elle souffla du museau, preuve que ma réponse n’avait rien de satisfaisante.

« Ta réponse est un prodige de bêtise, Mÿlo. Bim, dans les dents, typique de Mère. Tu te targues d’être bonne calligraphe et de peindre assez bien, et pour cela il te faut la capacité à voir le monde dans son perpétuel mouvement.. Une statue Mogu peut-être bien faite.. Mais lorsque tu sais que c’est en vérité une œuvre faites pour capturer une âme, s’animer, et tuer au noms d’idéaux esclavagistes et cruels.. Peux-tu trouver cette statue belle ? »

« Eh bien.. Non. »

« Alors ne sois pas trop prompte à dispenser ton avis sur une pierre disgracieuse lorsque tu ne sais pas à quoi elle sert ni ce qu’il y a dessous. L’hiver est comme toute chose en ce monde : il est fonction d’un cycle. Six mois durant la terre travaille, puis pendant six mois elle se repose. Ce cycle est garant d’une harmonie dont nous profitons. Chaque détail participe à cet équilibre parfait qui permet d’obtenir ce qu’il nous faut pour manger. Et si la terre toute entière obéit à ces cycles, il nous faut en tenir compte. La création et l’agencement de la Pandarie n’a pas été la fonction d’un hasard. Non, l’apaisement du monde et la pérennité de la terre sont un édifice complexe qui est à la fois puissant et fragile, puisque même s’il est colossal, il n’est rien de plus qu’une fonction de l’Equilibre.. »

J’écoutais. C’était le genre de discours qui parait envident, mais que tu ne peux réellement penser de cette manière sans qu’on te le dise, encore que je ne voyais pas tout à fait ou elle voulait en venir. Nous visitions les enclos vides, les rizières enneigées, les arbres sans feuilles..

« Tout ceci, ma chérie, est nécessaire. Chaque chose, chaque instant, chaque entité à un rôle, et ce rôle varie à chaque seconde pour illustrer la mouvance de l’univers, parfois brusque, souvent lente et progressive. Parfois c’est une entité consciente qui sait ce qu’elle a à faire, et qui peut modifier son propre équilibre. Soit c’est un être déterminé qui fait ce qu’il a à faire car il n’a jamais eu apprendre autre chose, comme une pierre. Mais dans ce cycle infini, Mylo.. Rien, tu entends ? Rien n’est inutile.
Si ton Père s’énerve, c’est parce qu’il a une jambe en moins, qu’il a du lutter pour conserver une validité optimale afin de prendre soin de nous.. Et que toi, avec l’hiver et un poignet cassé, c’est la fin du monde..
»

Elle soupira avant de secouer la tête.

« C’est puérile et nombriliste comme attitude. Sache que tu peux toujours être utile. Il te faut simplement reconsidérer ta place dans l’équilibre. C’est ce qu’il faut faire à chaque instant pour rester en phase avec l’univers. »

Je restais un peu surprise d’une telle profondeur, avant de demander, timidement.

« Et vous, Mère, quelle est votre rôle ? »

« Moi ? Je suis une Rizière-de-Nacre. Je dirige cette exploitation, cela signifie que j’essaie de comprendre chacun de mes ouvriers pour les aider à tenir le rôle pour qui l’équilibre de notre ferme ne soit jamais rompu.. »

« Alors quel est mon rôle ? » Demandais-je avidement.

« Je suis ta Mère, Mÿlo, pas ta patronne. Et mon rôle est de t’aider à découvrir de ce que sera le tiens, pas de te le dicter.. Il existe une infinité d’univers pour lesquels nous adoptons chaque fois une posture qui se doit d’être en accord avec l’équilibre. Pour la ferme, je suis la patronne, pour ton père, je suis sa femme, pour nous, je suis ta mère. Et nos rapports changerons, car quand tu grandiras, tu ne seras plus la même. Un équilibre en mouvement dans un monde en mouvement. »

« Eh bien m’en fiche de l’équilibre, moi je vous aimerai toujours ! »

Un léger rire, un gros câlin, un « Moi aussi ma puce », et après avoir terminé la balade, nous rentrâmes. J’ai beaucoup pensé à cette conversation.. Et l’idée de vivre dans un monde qui naturellement devait tendre vers l’équilibre serein me rendait optimiste en beaucoup de choses, et jamais plus l’hiver ne me fit déprimer : c’était à moi de reconsidérer ma place dans cet équilibre magnifique. Mère n’a jamais évoqué l’aspect négatif, à savoir qu’il convenait de lutter contre les entités intrusives qui refusaient de veiller cet équilibre. Mais en découvrant ma force, c’est naturellement que j’ai trouvé le chemin de cette noble défense, et je l’en remercie.
J’ai finis par comprendre que les temps et les gens changent, et qu’il faut s’inscrire dans la mouvance du monde. Mais je garde à l’âme que même si notre monde tourne sur son axe, toujours, toujours ma joie demeure.


Dernière édition par Fleur-de-Lame le Ven 9 Oct - 14:32, édité 2 fois
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Fleur-de-Lame

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MessageSujet: Re: Que ma joie demeure !   Lun 5 Oct - 1:05


Ce jour reste de ceux qui sont gravés dans ma mémoire. Père était face à moi, il tamponnait ma joue, ouverte à cause d’une pierre. J’étais revenue avec cette blessure d’un de mes temps libre, passé avec des enfants de Micolline. Le silence gêné était éloquent. Je ne comprenais pas ce qui s’était passé, et Père ne l’avait que trop compris..

« Pourquoi.. ? »

« Parce que les enfants sont cruels, ma fille.. Et que tu présentes les aspérités idéales pour que s’exprime cette naïve méchanceté.. »

« Vous ne m’avez pas répondu. »

Mes études plus que poussées m’avaient organisé l’esprit : il existait un temps pour rêver, songer, imaginer, et d’autre pour être pragmatique. Père avait esquivé la question. J’avais déjà eu affaire à ce genre d’ambiance avant, mais pas au point de me faire.. Chasser. Je voulais des réponses.

« L’honneur, ma fille, n’est pas qu’une question d’actes. Et toi.. Tout comme moi, tu passeras ta vie à racheter une faute que tu n’as pas commise, ou à te cacher.. Ta Mère est fière de sa lignée, elle porte le nom de ses aïeux, Rizière de Nacre.. Toi, tu porteras le nom que tu mérites, celui qu’on te décernera pour ce dont tu es capable. Car il n’existe aucune fierté possible pour l’arbre duquel nous descendons.. »

Il soupira, achevant de panser ma plaie, avant de me soulever. Il me posa sur son épaule, avant de se relever, béquille sous l’aisselle, avant de s’avancer jusqu’au dehors. Mère le laissa passer, un regard avait suffi pour qu’elle comprenne « Affaire de famille ». Il me mena au Sud de la maison, dans les plaines de la Vallée, ou paissaient çà et là des Mushans, avant de me poser et de pousser à nouveau un gros soupir.

« Nous portons, moi, mon frère, toi et potentiellement tes enfants, une tâche. Une tâche qui a neuf-mille ans, et qui porte un nom, le nôtre : Corbeau-des-Nuées. Nous sommes une vieille famille, nous retraçons nos origines en la personne de Fuh Corbeau-des-Nuées, le Chroniqueur. Tu as étudié notre histoire, l’Empereur, ses fardeaux, les Shas et la Brume.. C’est le point de vue de la Pandarie. A l’époque plus encore qu’ailleurs, nous cherchions l’équilibre et l’avenir dans les enseignements qu’avait laissé l’Empereur Shaohao en nous quittant.. Mais.. Pas tous. »

Il tira de sa ceinture un parchemin, vieux. J’avais déjà une certaine science en la matière pour savoir que c’était un document inestimable quant à son ancienneté.

« Ceci est la déclaration de guerre de Fuh à la Pandarie, il l’a nommé « Déclaration de Révolte ». Tu es.. Trop jeune pour lire ces morts, aussi je vais te les résumer en te donnant l’histoire de notre aïeul.. A cette époque, beaucoup de Pandarens avaient sentis le cataclysme que Shaohao avait voulu nous éviter. Mille ans après, nous avions eu le temps de réfléchir à cet évènement, de méditer ses enseignements, de rencontrer les Shas, de méditer nos doutes.. Mais pas notre aïeul.
Il.. Il avait coutume de dire que Shaohao avait condamné notre peuple à endurer sa propre lâcheté, et son incompétence. Fuh était cultivé, il connaissait les races d’avant les Brumes, il avait étudié.. Et il disait que si une menace devait peser sur notre monde, alors nous aurions dû le défendre, plutôt que de nous isoler en croyant bêtement que le temps passerait en nous épargnant si le reste du monde venait à sombrer. Il .. Détestait Shaohao, le brocardant comme un des pires Empereur. Pire encore.. Il argumentait la lâcheté du Dernier en disant que ces manifestation éparses de noirceur, les Shas, n’étaient rien d’autre que les craintes que l’Empereur avait fui.
Il disait qu’Il avait pu cacher la Pandarie au monde, mais qu’il n’avait pas su la cacher de ses propres démons.. Et que son geste, en pensant enterrer ses « fardeaux », n’avait fait que corrompre notre terre.
»

Il hocha la tête face à mon dégout perplexe. Jusqu’alors, j’avais été éduqué comme une parfaite pandarène, épousant le dogme général. Et j’étais hautement perturbée de ne pas pouvoir me raccrocher à ce dogme aujourd’hui. Les mots de Père m’épouvantaient.. Et pourtant.. Une part de moi trouvait ce raisonnement logique. Dangereusement logique..

« Bien sûr, Fuh ne trouva aucun soutient, sa famille même le renia, dit-il. Il devint.. Malade. Son esprit souffrit beaucoup de cette situation, car notre ancêtre aimait la Pandarie, et s’il renait l’Empereur, c’était car il aimait sa patrie. Il estimait sa reflexion comme celle pouvant sauver la Pandarie, et le temps passant, il devint de plus en plus radical, et aigris. Sa folie le poussa aux extrêmes inconcevables : il en vint à estimer que les Shas étaient la clef pour délivrer la Pandarie. Il se mit à les étudier… Et l’une des choses qui troubla beaucoup de gens.. C’est que l’absence de crainte qu’il avait pour les Shas fit qu’à chaque fois qu’il se présentait à eux, dans leurs manifestations ponctuelles, il n’était jamais affecté.
Nous avons vu beaucoup de gens, les Pandashans en premier, être capable de circuler au milieu des horreurs des Shas sans être affectés, grâce à une discipline mentale de fer. Lui.. Lui, il semblait capable d’avoir un état d’esprit qui semblait exclure que le doute, la peur, la colère ou la haines soient des corruptions..
Ce fut le plus grand trouble qu’il causa, car en acceptant ces vices, l’immunité qu’il obtenait semblait lui donner raison..
»

L’histoire semblait pourtant bien se finir, de là. J’étais captivée, oubliant presque que la fin ne pouvait être que tragique, au vu des effets que l’on en ressentait aujourd’hui encore.

« Tu te demandes, n’est-ce pas, pourquoi il n’a pas marqué plus l’histoire, mh ? Parce qu’il est mort prématurément. Alors même qu’il aurait pu envisager de devenir quelqu’un, malgré sa folie, il a disparu. Coupé dans son plus bel, élan, il en est resté au stade de divagateur et de blasphémateur. On oublia le cœur de son propos pour ne retenir avec son nom que les pires extrêmes de sa pensé. Il faut dire que des bruits atroces régnaient sur sa mémoire. On raconte qu’il aurait tué son fils car ce dernier l’aurait renié, pour prendre en main lui-même l’éducation de son petit fils et perpétuer sa pensé, ainsi que ce document.. Il tapota du doigt le rouleau qu’il n’avait pas déplié. Alors tu peux te demander pourquoi ce nom n’a pas été effacé, déclaré ennemi de la Pandarie, pourquoi ce texte n’a pas été saisi, et brûlé.. ? »

Il caressa du bout de la griffe l’objet de ses question en me regardant intensément, avant de secouer la tête, dans un geste de pitié.

« Fuh le Chroniqueur a été assassiné. Par un Pandaren. Il n’avait jamais été d’accord avec son peuple, mais avait toujours voulu son bien. Il était fou, mais n’avait jamais faits de tords aux siens. Celui qui l’a tué.. A montrer le pire de notre race, et parce qu’il se posait en défenseur de la pensée traditionnelle, il a contracté une dette envers nous, un peu comme si d’un côté, Fuh avait pensé le pire, mais que de l’autre, ils avaient faits le pire. Notre héritage eut le droit de survivre, à cause de cet assassinat. Mais nous resterons les descendants du Fuh Corbeau-des-Nués, celui qui a perdu tout honneur en reniant l’essentiel même de la philosophie Pandaren. Et voici dix-mille ans que nous célébrons cette manière de penser... Tu te doutes que cela n’aide en rien à accepter cette néfaste différence que.. Nous représentons, même si nous ne sommes en rien d’accord avec elle. »

Les derniers mots de Fulong semblaient clairement insinuer que pour lui, Fuh n’avait rien été de plus qu’un fou qui avait divagué.

« Mais, Père.. Puisque vous n’avez aucune estime pour ce que représente notre aïeul.. Pourquoi ne pas simplement le renier, oublier ce nom, et gagner un respecte du à nos actes, plutôt que de porter le déshonneur et la honte d’une personne dont nous ne voulons rien.. ? »

Il posa sur moi un de ces regard taquin. C’était là que je savais qu’il allait me dire quelque chose auquel je ne serai pas capable de répondre, car il se savait en droit d’estimer ce que je pensais.

« Regarde-moi dans les yeux, Mÿlo, et dis-moi que cette histoire n’evoque pas en toi une dangereuse fascination.. Dis-moi que si tu en avais l’occasion, tu détruirais cet enseignement, car tu l’estime uniquement blasphématoire, et qu’il ne serait jamais bon qu’à semer le chaos sur notre terre. Allons, mon enfant.. Dis-moi que tu n’as aucun doutes, et que tu renierais l’héritage de Fuh, qui a été tué pour cela, sans la moindre hésitation »

Je baissais les yeux, incapable de soutenir son regard. Il posa sa paluche sur mon épaule en riant.

« Alors toi aussi, quelque part, tu as une petite voix qui te dit que tout ceci n’est pas si bête.. Cette intime et infime conviction qui t’empêche de balayer cette leçon, ton héritage. Rien de plus qu’un doute, comme s’il avait mis la griffe sur quelque chose. C’est ce doute qui fera à jamais de toi une Corbeau-des-Nuées. Et c’est parce que tu assumes ce doute que tous ceux qui auront conscience de qui tu es te jugerons comme la pire de notre espèce.. Tu devras lever le front, ma fille, serrer les dents, et te conduire avec honneur et dignité. Un jour, peut-être l’un de nous brandira cette déclaration, victorieusement. D’ici là, tu devras racheter par tes actes ce que tu as perdu avec ton nom. C’est injuste, ma fille, car tu en souffriras. Mais tu l’auras choisi. »      

Cette vie est la mienne, je ne retranscrirai pas dans cette chronique le contenu du parchemin de Fuh.. Sauf les derniers mots, car ils caractérisent ce qu’est ma vie, et le fait qu’ils sont tant à ne pas la comprendre.. A ne pas pouvoir la comprendre.
« C’est alors que j’ai compris ma tâche, mon devoir, et le sens du mot Solitude. »
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